Interview de Valérie DAUGE
Posté le 13 octobre 2020 dans Regards extérieurs

Nicolas ROUMAGNE : Bonjour Madame DAUGE, le Département de la Vienne est un partenaire historique du colloque « approches humaines et grand âge » de ReSanté-Vous. Quels sont les enjeux que vous identifiez à travers votre partenariat avec notre Colloque ?

Valérie DAUGE : Tout d’abord, je tiens à remercier l’ensemble des équipes pour ce travail remarquable. Il est vrai que cette crise sanitaire nous a appris à travailler différemment, et ce colloque en est un exemple concret. Dans ces moments difficiles, nous avons su faire preuve d’adaptabilité et de réactivité et le Département de la Vienne reste un fidèle partenaire. Nous en montrons encore la preuve aujourd’hui à travers ce colloque qui aura une présentation différente des autres éditions, mais nous tenions à être présents à vos côtés malgré ce contexte difficile.
Les enjeux sont multiples. Avant tout, il y a un enjeu de proximité avec l’ensemble des acteurs et des partenaires de ce colloque, car ensemble nous sommes plus forts. Là aussi, c‘est un signe fort du Département de la Vienne.
Ensuite, nous répondons à un enjeu démographique, du vieillissement et de l’adaptation de l’offre au besoin. De ce fait, il faut qu’on accélère le processus de dématérialisation des démarches administratives et commerciales adaptées à un nouveau public : à des seniors qui sont différents d’hier.

NR : Cette année, le colloque ReSanté-Vous aura une représentation particulière. ReSanté-Vous et l’ensemble de ses partenaires ont choisi de réaliser des émissions de Web TV pour interroger le thème « approches humaines et technologiques : un futur composé ? » Cette adaptation n’est-elle pas déjà une forme de résilience pour un événement ?

VD : J’ai été tout à fait séduite par cette idée, il fallait y penser. Bravo d’avoir ajusté votre colloque à cette crise. C’est vrai que ce contexte sanitaire nous a contraints à travailler différemment. Notamment sur le plan sociétal, nous avons dû adapter nos relations humaines, que ce soit dans le cadre professionnel ou personnel.
Afin d’éviter la rupture, et de maintenir ce lien social, il a fallu revoir les relations que nous avions avec nos aînés, en EHPAD, dans les résidences autonomie ou à domicile, nous avons dû communiquer de manière différente.
Je trouve que ce colloque en Web TV s’inscrit complètement dans cette continuité et dans le vieillir autrement.

NR : Ce thème a été choisi en janvier dernier et pourtant, il est extrêmement d’actualité. Nous avons vu l’émergence de nombreuses initiatives numériques et technologiques à destination des aînés pendant la période de confinement et après. Quels sont pour vous les avantages et les limites de cet usage pour les bénéficiaires ?

VD : Les personnes âgées se sont vite appropriées l’outil informatique, je pense que l’intergénérationnel y est pour beaucoup. En effet, nos aînés sont souvent parents ou grands-parents de personnes qui sont dispersées dans le monde, et grâce à Facetime, Whatsapp ou autres, ils ont ainsi su s’adapter afin de conserver le lien avec leurs proches.
Demain, nous serons ces personnes âgées, et je pense que nous serons préparés au mieux, lorsque nous arriverons à la perte d’autonomie, car nous avons su devenir dépendants aux smartphones, ou aux tablettes.
Mais avant cela, il faut que les personnes bénéficient d’une bonne connexion internet. On remarque qu’aujourd’hui, des disparités au niveau de l’accès Internet, persistent sur le territoire de la Vienne. Nous faisons en sorte que d’ici 2025, tout le monde puisse bénéficier d’une bonne connexion.

Dans ce cadre, je pense que la personne âgée devra être accompagnée par une formation, car il est important de bien s’approprier cet outil qui est très spécifique et qui maintiendra le lien social entre les personnes âgées et leur famille.
Nous avons des leviers financiers considérables via la Conférence des Financeurs, que j’ai le plaisir de présider au Département de la Vienne et à ce jour, nous avons pu équiper des établissements (EHPAD et résidences autonomie) à hauteur de 37 tablettes, là-aussi dans le but de maintenir le lien social des résidents.
Néanmoins, nous constatons des limites au numérique : dans le cadre des actions collectives de prévention, le souhait exprimé par les personnes âgées est de reprendre une activité de groupe.

Tout en maintenant les gestes barrières, il va être important de voir comment nous allons de nouveau proposer des activités à ces personnes.
De plus, il y a un effet que nous observons avec le confinement, ce sont les retentissements psychologiques sur les personnes. Le manque de contact physique est parfois vécu difficilement. Ça l’est encore plus pour les personnes en perte d’autonomie, je pense qu’en dehors du numérique, il va falloir mettre en place un fort encadrement psychologique, afin qu’elles puissent tenir bon dans le temps.